Les poulpes à oreilles
Les poulpes à oreilles
Tout le monde connait les poulpes, ces mollusques invertébrés vivant à faible profondeur dans les parties peu profondes de l’Océan, souvent dans les récifs coralliens. Mais savez-vous que ces animaux ont des cousins vivant dans les abysses ? Il s’agît des poulpes à oreilles.
Les poulpes à oreilles appartiennent à la classe des Céphalopodes. Dans ce groupe, on retrouve les sous classes des Nautiloidea (les nautiles) et des Coleoidea. Dans ce second groupe se trouvent : les Décabranchia, qui ont dix « bras » (ce sont les ordres des sèches et calamars) et les Octobranchia, qui ont huit « bras » (correspondant à l’ordre des vampiromorphidés, dont le vampire des abysses est le seul représentant connu à ce jour, et à l’ordre des octopodes : les poulpes). Les Octopoda sont divisés en deux sous-ordres : les Cirrata et les Incirrata. Le sous-ordre des Cirrata est caractérisé par une coquille interne, une absence de sac à encre, une réduction ou absence de radula et deux nageoires sur la tête1,2, ce que les Pieuvres appartenant au sous-ordre des Incirrata n’ont pas. Le sous ordre des Cirrata tire son nom des petits fils présents sous leurs tentacules, ressemblant à des cils (cirri).
Les poulpes à oreilles sont des Cirrata. Ils appartiennent à quatre genres : Cirroteuthidae, Cirroctopodidae, Opisthoteuthidae, and Grimpoteuthidae2,3. Ici on parlera spécifiquement des genres Grimpoteuthis, qui regroupe 17 espèces et Opisthoteuthis, qui regroupe 25 espèces.
Schema. Taxonomie simplifiée des céphalopodes (d'après Tanner et al., 2017; WORMS, World Register of Marine Species, https://www.marinespecies.org/).
Quelques Poulpes à oreilles
Opisthoteuthis agassizii. Dessin original d'après une photographie de l'exploration des grands fonds marins du sud-est des États-Unis en 2019. (NOAA, Bureau d'exploration et de recherche océanographiques).
Grimpoteuthis sp. Dessin original d'après une photographie prise à environ 2 000 m de profondeur sur l'escarpement ouest de la Floride lors de la mission d'exploration du golfe du Mexique en 2014 (NOAA-OER). Voir également Shea et al., 2018.
Grimpoteuthis feitiana sp. nov. (MBM229046). Dessin original d'après une capture vidéo présenté dans Tang et al., 2025 pour la description de cette nouvelle espèce.
On les retrouve partout sur la planète. Ils sont apparus au début de l’ère Mésozoïque, il y a environ 242 millions d’années4. Ils descendent de lointains ancêtres vivant au Cambrien, il y a environ 540 millions d’années5. Ils ont évolué, la coquille protectrice externe de ces organismes devenant un ‘os’ interne, organe dédié à la flottaison1,2,6,7, servant également de structure de support pour les nageoires1,8. Des études phylogénétiques récentes ont confirmé le lien de parenté entre le groupe des nautiles et celui des Cirrata4. Les tissus mous se fossilisant difficilement, il n’existe que très peu de fossiles de ces organismes.
Leur nom est trompeur. Ils n’appartiennent pas au même groupe que les poulpes et les excroissances de part et d’autre de leurs yeux ne sont pas des oreilles mais sont en fait de petites nageoires ! Ces nageoires leurs servent à se propulser, un moyen plus économe en énergie que la propulsion par jet utilisée par la plupart des autres espèces de pieuvres1. Comme d’autres octopodes, ils peuvent faire varier la couleur de leur manteau, on suspecte même la présence de bioluminescence dans certains groupes2 !
Leurs huit bras sont reliés par une membrane, les aidant à se déplacer. Ils sont de petite taille et vivent dans les eaux profondes (abysses) : de 3000 à 7000 m de profondeur2, ce qui en fait les pieuvres vivant le plus loin sous la surface de l’océan. Ce sont des espèces pélagiques : ils vivent proche du plancher marin3.
Le groupe des poulpes à oreilles est l’un des plus méconnus par les chercheurs : nous n’avons à ce jour pas d’observation de leur comportement de prédation et très peu d’informations regardant leur reproduction ou encore leurs capacités de vision dans les eaux abyssales2,9. D’ailleurs, la plupart des espèces n’ont été décrites qu’à partir d’un ou deux spécimens observés et de nouvelles espèces sont encore régulièrement découvertes8,9. Les dernières études montrent que les femelles ne pondent pas des milliers d’œufs comme cela peut être le cas pour les pieuvres, mais en portent quelques-uns à différent stades de maturation. Elles en relâchent un ou deux à la fois pour qu’ils se développent (sans suivre de saison particulière). Contrairement à d’autres espèces d’octopodes, elles ne « couvent » pas les œufs et les petits naissent autonomes1,3.
Bibliographie
1. Vecchione, M. & Young, R. E. ASPECTS OF THE FUNCTIONAL MORPHOLOGY OF CIRRATE OCTOPODS: LOCOMOTION AND FEEDING.
2. Collins, M. A. & Villanueva, R. TAXONOMY, ECOLOGY AND BEHAVIOUR OF THE CIRRATE OCTOPODS.
3. Shea, E. K., Ziegler, A., Faber, C. & Shank, T. M. Dumbo octopod hatchling provides insight into early cirrate life cycle. Current Biology 28, R144–R145 (2018).
4. Tanner, A. R. et al. Molecular clocks indicate turnover and diversification of modern coleoid cephalopods during the Mesozoic Marine Revolution. Proc. R. Soc. B. 284, 20162818 (2017).
5. Yochelson, E. L., Flower, R. H. & Webers, G. F. The bearing of the new Late Cambrian monoplacophoran genus Knightoconus upon the origin of the Cephalopoda. LET 6, 275–309 (1973).
6. Mutvei, H., Zhang, Y. & Dunca, E. LATE CAMBRIAN PLECTRONOCERID NAUTILOIDS AND THEIR ROLE IN CEPHALOPOD EVOLUTION. Palaeontology 50, 1327–1333 (2007).
7. Kröger, B., Vinther, J. & Fuchs, D. Cephalopod origin and evolution: A congruent picture emerging from fossils, development and molecules: Extant cephalopods are younger than previously realised and were under major selection to become agile, shell‐less predators. BioEssays 33, 602–613 (2011).
8. Verhoeff, T. J. Finned octopus Cirroteuthis Eschricht, 1836 (Cephalopoda: Cirrata: Cirroteuthidae) confirmed from Australian waters. Molluscan Research 42, 205–211 (2022).
9. Tang, Y., Zheng, X. & Zhang, J. Flying in the deep: the description of a new species of Grimpoteuthis (Octopoda: Cirrata: Grimpoteuthidae) from the Caroline Seamount, with ecological adaptation of dumbo octopuses. Org Divers Evol 25, 269–285 (2025).
Février 2026