Les limaces de mer,
Ordre des nudibranches (Nudibranchia)
Les limaces de mer,
Ordre des nudibranches (Nudibranchia)
Ces mollusques gastéropodes marins appartiennent à la famille des opisthobranches. Ce sont des organismes benthiques (ils vivent sur le substrat au fond des océans). Attention, ils ne constituent pas l’équivalent aquatique des limaces terrestres. Les nudibranches sont des limaces de mer mais toutes les limaces de mer ne sont pas des nudibranches : il existe d’autres ordres dont le nom vernaculaire est ‘limaces de mer’. Ils laissent derrière eux une trainée de mucus à la signature chimique et optique bien particulière1,2.
Leurs branchies sont nues, d’où leur nom : du latin nudus qui signifie « nu » et du grec ancien βράγχια, brankhia qui signifie « branchies ».
On dénombre aujourd’hui plus de 4700 espèces de nudibranches connues3-5 mais il en existe encore certainement beaucoup à découvrir ! Ils sont très diversifiés et souvent colorés. La structure de leurs couleurs est complexe 6 et reflète parfois leurs défenses chimiques7, certains ont un camouflage efficace pour se confondre avec le substrat sur lequel ils évoluent, beaucoup sont fluorescents8 et certains sont même bioluminescents9 ! Ils mesurent de quelques cm à 60 cm pour les plus gros.
Ils sont présents dans toutes les mers du monde, de l’Arctique à l’Antarctique en passant par les eaux tempérées, tropicales et la Méditerranée, des zones côtières aux profondeurs de l’océan10-12. Ils vivent le plus souvent dans la zone euphotique (zone où la lumière est suffisante pour la réalisation de la photosynthèse, usuellement jusqu’à 200 m en haute mer) mais peuvent vivre jusqu’à 700 m de profondeur. Une espèce a même été découverte vivant jusqu’à 4000 m de profondeur : Bathydevius caudactylus décrite en 2024, qui est aussi l’une des rares espèces bioluminescentes9.
Anatomie des Nudibranches
Les nudibranches ont une mauvaise vue et ne distinguent que des zones d’ombre et de lumière, mais ils possèdent des rhinophores5,13, deux extensions qu’ils portent sur la tête, un organe sensoriel possédant des récepteurs chimiques qui leurs permettent de détecter leurs congénères ou de la nourriture14. Ils peuvent les rétracter pour les protéger en cas de danger !
Certaines espèces vivant proche de la surface sont en symbiose avec des algues photosynthétiques : les zooxanthelles5,15-17, que l’on retrouve également chez les coraux. Ces algues réalisent la photosynthèse, fournissant de l’Energie à leurs hôtes en échange d’un support, constituant un avantage évolutif pour la survie des individus5,18. D’autres nudibranches préfèrent quant à eux s’associer à des bactéries19.
Schema. description anatomique des nudibranches (d’après Dean and Prinsep, 2017).
4 grands groupes morphotypes
· Doridina : un corps aplati et la présence un panache branchial à l'arrière du manteau
Ex : Chromodoris willani, Goniobranchus geminus
· Dendronotina : les appendices branchiaux se trouvent à la périphérie du manteau.
Ex : tritonia festiva
· Aeolidiina : des papilles plus ou moins nombreuses (« cérates ») sur le dos, qui servent de branchies, de prolongements de la glande digestive et de glandes à poison pour la défense (présence de cnidosacs qui stockent les cellules urticantes).
Ex : Flabellina iodinea
· Arminina : la surface du manteau est ridée (avec ou sans appendices dorsaux), les rhinophores rétractiles et les branchies se trouvent sous le manteau dans sa partie antérieure.
Ex : Armina occulta
Ils vivent entre quelques semaines et un an selon les espèces, les conditions environnementales et la pression de prédation. Ce sont des organismes Hermaphrodites (ils possèdent à la fois des organes génitaux mâles et femelles). Ils pondent des œufs en grande quantité20, en spirales ou en rubans sur le substrat marin. Ces œufs sont souvent colorés. En l’absence de fécondation, ils sont capables de parthénogenèse, les œufs se développent alors donnant naissance à des clones. Après l’éclosion des œufs vient le stade larvaire (véligère). A ce stade, la larve est microscopique et planctonique (elle flotte dans la colonne d’eau) et se déplace à l’aide de petits cils, se nourrissant de minuscules organismes21. Elle se fixe ensuite sur un substrat et devient un nudibranche juvénile, subissant une métamorphose qui lui confère les caractéristiques d’un nudibranche miniature et la perte de ses caractéristiques de larve. Il perd sa coquille après le stade larvaire. Le juvénile poursuit ensuite sa croissance, se nourrissant de proies adaptées à sa taille et acquiert les caractéristiques adultes de l’espèce à laquelle il appartient (taille, couleur ... etc). Une fois adulte, il se reproduit et le cycle se répète.
La plupart des nudibranches sont carnivores. Si on a longtemps cru que toutes les espèces l’étaient, de nouvelles études montrent que certaines espèces sont herbivores22. Leur radula (les lamelles cartilagineuses sur laquelle se trouvent des « dents », de nombre et forme très variables selon les espèces)23 est très puissante et leur permet de se nourrir en râpant la nourriture se trouvant en dessous d’eux. Chaque espèce possède des préférences alimentaires spécifiques, et leur régime alimentaire se compose d’éponges, de bryozoaires, d’ascidies, d’hydraires et parfois même d’autres nudibranches. Autant d'animaux souvent toxiques dont de nombreuses espèces arrivent à recycler les toxines dans des cellules spécialisées pour se protéger de leurs propres prédateurs24-27, notamment les espèces du groupe des Aeolidiina, qui les stockent dans leurs cérates. Ces cellules urticantes constituent alors un moyen de défense efficace contre des potentiels prédateurs. Leurs principaux prédateurs sont des poissons, des crabes, des anémones, des étoiles de mer et même d’autre nudibranches.
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Janvier 2026