Les Bigorneaux
Littorina littorea
Les Bigorneaux
Littorina littorea
Qui sont-ils ?
Le bigorneau est un gastéropode marin, vivant dans la zone intertidale des écosystèmes marins tempérés. Cette zone correspond à la partie de la plage se trouvant entre la marée haute et la marée basse. Ainsi, il vit le plus souvent proche de la surface de l’eau, même si il a été observé de façon très exceptionnelle jusqu’à 60 m de profondeur ! Originaire des côtes Nord Est de l’Atlantique, on le retrouve sur toutes les côtes Atlantique de l’hémisphère nord. Ce dernier aurait été introduit sur les côtes Nord-Américaines au milieu du XIXe siècle même cette hypothèse est aujourd’hui débattue 1,2. Il s’y développe plutôt confortablement dans les zones ou la pression de prédation reste basse 2.
Figure. Représentation schématique de la zone intertidale
Il joue un rôle important dans l’écosystème. C’est un animal herbivore se nourrissant d’algues vertes et brunes ainsi que de diatomées 3, qu’il broute grâce à sa radula (sa bouche et ses dents) en se déplaçant sur le fond de l’eau. Il régule ainsi la prolifération de ces algues 4 et l’équilibre de leur développement 5. Il participe également à nourrir les organismes plus petits en découpant ces algues en plus petits morceaux (tout en contribuant au cycle du carbone) 5.
Figure. Représentation schématique de l'anatomie du bigorneau
Le bigorneau est souvent de couleur sombre. Comme beaucoup d’autre gastéropodes, il possède un pied musculeux et la majeure partie de ses organes se trouvent à l’intérieur de sa coquille. À l’âge adulte, il mesure environ 2,5 cm. Ses principaux prédateurs sont les crabes et les étoiles de mer. Il ne faut pas le confondre avec un autre gastéropode : La gibbule commune (ou gibbule toupie), Phorcus turbinatus.
Figure. Illustration naturaliste de bigorneaux selon différents angles de vue
Une vulnérabilité certaine
Les bigorneaux sont vulnérables face aux changements climatiques, aux pollutions, mais également aux parasites.
Tout d’abord, leur coquille est constituée de carbonate de Calcium (CaCO3), hautement sensible à l’acidification, ce qui fait du bigorneau, comme de nombreux autres organismes marins, un sujet en danger face à l’acidification de l’Océan 8. En effet, un milieu acide provoque une dissolution du carbonate de calcium.
Il a été démontré que les bigorneaux fabriquent une coquille plus ou moins épaisse en fonction de la pression de prédation à laquelle ils sont exposés 9,10. Par exemple, les bigorneaux qui vivent en présence de crabes ont tendance à fabriquer une coquille sensiblement plus épaisse (et de plus grande taille 11) que celle des bigorneaux qui ne croisent pas de crabes 9. Mais les Bigorneaux exposés à des pH plus faibles (= une eau plus acide) fabriquent une coquille plus fine, ce qui les rend plus vulnérables aux prédateurs 9. L’acidification de l’Océan a donc un effet direct sur les bigorneaux (et autres organismes marins) mais également un effet indirect via les modifications du métabolisme et une augmentation de la pression de prédation 9.
Les changements de la température ont également un impact considérable sur les populations de bigorneaux 12. En effet, ils sont plus ou moins tolérants aux températures élevées en fonction de la vitesse à laquelle le thermomètre monte et de la saison à laquelle ils sont nés, mais semblent dans tous les cas en souffrance au-delà de 28 °C 13. Le développement embryonnaire est possible entre 5°C et 23°C mais en dessous et au-delà les populations de bigorneaux ne se développent pas correctement 7. La température a un effet non seulement sur le développement embryonnaire mais également sur sa durée 7. Les adultes aussi souffrent des modifications de leur environnement dues au changement climatique. L’augmentation de la concentration en CO2 et de la température a des implications directes sur leurs processus physiologiques. Une augmentation de la concentration en CO2 seule provoque une diminution de 31 % du taux de respiration chez les bigorneaux et, plus généralement du métabolisme. Couplée à la température, on observe des effets sur la croissance, les dynamiques de population, et, à terme, tous les processus de l’écosystème 14. Des études récentes démontrent une faible résistance des bigorneaux aux températures extrêmes. Ils cessent de s’accrocher au substrat et se mettent en « coma de chaleur » à partir de 31°C (en augmentant la température de 1 °C toutes les 5 minutes) 12. 50 % des individus décèdent après une exposition de 330 minutes (5,5h) à 39 °C, 90 to 120 minutes à 40 °C ou encore 60 minutes à 41 °C 13. Les conséquences indirectes des changements de températures via les modifications de l’écosystème (plantes, prédateurs…etc) dans lequel les jeunes bigorneaux se développent est également à prendre en compte et constitue un impact non négligeable.
Les bigorneaux vivant dans la zone intertidale, ils sont exposés de façon importante à la pollution chimique et plastique de leur habitat ainsi qu’à la présence de métaux lourds, or, ce sont des organismes qui sont sensibles aux pollutions de leur écosystème 15–17. D’importante concentrations d’argent ont été retrouvées dans leurs branchies, reins et estomacs après une exposition à de l’eau contenant de l’argent dissout 16. Même à de faibles concentrations, un grand pourcentage (80%) des individus est impacté même plus de 24h après l’exposition. De plus, plus l’exposition et les concentrations sont importante, moins les bigorneaux se nourrissent 15. Des études portant sur les plastiques et les microplastiques montrent que 100% des bigorneaux étudiées ont consommé des microplastiques et en ont dans leur organisme 17. Ces plastiques proviennent des utilisations humaines. Ils ont été rejetés dans la nature (sous forme de déchet ou encore lorsque des tissus et vêtements synthétiques sont lavés) avant d’être transportés jusqu’à l’océan par les précipitations et les réseaux de canalisations.
Enfin, les bigorneaux sont régulièrement infectés par des parasites, et en particulier des trématodes (des vers). Ces derniers diminue considérablement l’appétit des bigorneaux, qui broutent moins les algues du fond marin, modifiant l’équilibre naturel entre les populations d’algues et de bigorneaux 18.
Ils sont aujourd’hui reconnus comme une espèce qu’il est important de comprendre dans le cadre d’écologie de l’évolution 19.
Bibliographie
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Juin 2026